Allemagne : essai marqué, à tranformer

Allemagne : essai marqué, à tranformer

La transition énergétique en Allemagne comprend l’élimination progressive de la production nucléaire, la réduction des combustibles fossiles et l’investissement massif dans les énergies renouvelables. C’est, en soi, un immense défi ; et beaucoup reste à faire. Le pays doit également convertir les secteurs du chauffage, du refroidissement/climatisation et du transport aux bienfaits des énergies renouvelables.

Flux énergétiques en AllemagneFlux énergétiques en Allemagne – Créateur/Créatrice: Bartz / Stockmar. Creative Commons License LogoThis image is licensed under Creative Commons License.

L’ Allemagne est souvent perçue comme un champion dans le passage aux énergies renouvelables. Ses centrales nucléaires fermeront au plus tard en 2022 et leur capacité de production sera largement remplacée par celle des énergies renouvelables. Le pays produit aujourd’hui déjà 36 % de son électricité par le biais de celles-ci (principalement l’éolien et le solaire). L’objectif sur le long terme est de franchir la barre des 80 à 95 % d’ici 2050. Les paliers intermédiaires devraient être de 45 % en 2025 et 65 % en 2035. Le chemin parcouru par l’Allemagne est déjà remarquable.

Le « tarif de rachat », qui fixe un tarif pour chaque kilowattheure d’électricité injectée dans le réseau, fut un facteur clé de cette tendance, en raison notamment de la stabilité qu’il a établie. Ce tarif a été chaque année réajusté afin de refléter au mieux la baisse des coûts technologiques de l’éolien et du solaire ; le retour sur investissement oscille généralement entre 5 et 7 %. Cette situation a permis à des citoyens ordinaires, agriculteurs, collectivités, municipalités ou encore à des coopératives de jouer un rôle actif dans la mise en œuvre de l’«Energiewende», la transition énergétique de l’Allemagne. Autre élément central de cette politique, une disposition octroyant un accès prioritaire au réseau à l’électricité produite par des sources renouvelables.

Les tarifs de rachat ont permis à l’Allemagne d’atteindre ses objectifs sur les énergies renouvelables bien plus tôt que prévu. Mais ce bilan, si excellent soit-il, a entrainé une série de nouveaux défis et d’ajustements politiques. Depuis 2016, les grandes centrales solaires et éoliennes dont la capacité dépasse les 750 KW ne bénéficient plus de ces tarifs et doivent participer à des enchères organisées par le gouvernement. Les nouvelles règles du jeu énergétique favorisent les grands promoteurs qui sont en mesure de plus aisément soumettre des offres très compétitives. Les citoyens, agriculteurs et collectivités ne deviennent que simples spectateurs.

Le plus grand défi de la transition allemande est l’alignement de l’ancien système sur le nouveau, basé pour sa part sur les énergies renouvelables. Les fournisseurs d’électricité traditionnels ont ainsi dû bouleverser leur mode de réflexion. L’idée que les énergies renouvelables puissent jouer un rôle clef dans le mix énergétique paraissait invraisemblable et suscitait le scepticisme des entreprises traditionnelles. Les nouvelles sources d’énergie nécessitent en effet d’importants investissements infrastructurels et une numérisation du système afin de mieux calibrer l’offre et la demande. En outre, le couplage sectoriel, qui implique une électrification graduelle dans les secteurs du chauffage, du refroidissement et du transport est  essentiel. L’Energiewende ne se concentre actuellement que sur l’électricité, qui ne représente que 20 % du secteur énergétique. Le chauffage, le refroidissement et le transport constituent les 80 % restants et fonctionnent principalement aux carburants conventionnels : ces secteurs doivent être intégrés rapidement si l’Allemagne veut mener à bien sa transition. Seuls des investissements massifs dans des compteurs intelligents, l’électro-mobilité, le stockage ou encore une baisse de la consommation d’énergie permettront d’atteindre ce but.

Si l’Allemagne poursuit sa transition énergétique avec tant de détermination, c’est qu’elle souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis de l’importation de combustibles fossiles et respecter ses objectifs climatiques. Le pays importe actuellement 61 % de son énergie qui souvent provient de régions politiquement instables. La transition énergétique a permis une baisse de ces importations. Le développement des énergies renouvelables n’a toutefois pas significativement réduit les niveaux d’émission de CO2, en partie parce que l’Allemagne produit trop d’électricité par rapport à ses besoins propres  : les exportations représentaient en 2016 environ 9 % de la puissance produite.

Environ 40 % de l’électricité produite dans le pays provient du charbon. Les quelque 100 centrales électriques alimentées au charbon en Allemagne sont responsables d’environ un tiers des émissions totales du pays. La sortie du charbon est en ce sens indispensable si le pays veut remplir ses objectifs climatiques, à savoir une réduction de 40 % des émissions à l’horizon 2020. La résistance citoyenne au projet d’exploitation du lignite de la forêt de Hambach s’inscrit dans ce vaste mouvement anti-charbon qui réunit de nombreux acteurs de la société civile allemande

Allemagne - des progrès exclusivement électriques – Créateur/Créatrice: Bartz / Stockmar. Creative Commons License LogoThis image is licensed under Creative Commons License.

La position géographique de l’Allemagne au centre de l’Europe est un atout ; elle peut toujours compter sur la flexibilité de ses voisins – mais elle ne doit pas pour autant en être dépendante. Le couplage futur avec les secteurs du chauffage, de la réfrigération et du transport – secteur encore loin d’être décarboné - est un outil clé pour un système énergétique pérenne.

Aujourd’hui, près de 334 000 personnes sont directement employées dans le secteur des énergies renouvelables en Allemagne, beaucoup plus que dans l’industrie énergétique « conventionnelle ». La société allemande voit majoritairement la transition énergétique d’un très bon œil, grâce à l’implication des citoyens. Cette perception positive du changement pourrait cependant évoluer si la transition énergétique ne devait désormais profiter qu’aux seules grandes entreprises. 

 

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