République Tchèque : statu-quo ?

République Tchèque : statu-quo ?

Le charbon et le nucléaire y tiennent le haut du panier, le programme d’aide aux énergies renouvelables est défaillant, la politique y demeure instable : la République tchèque est confrontée à de nombreux défis dans son passage aux énergies renouvelables.

Flux énergétiques en République Tchèque
Flux énergétiques en République Tchèque — Droits de création d'image

Il y a dix ans à peine, la République tchèque était un des chefs de file européens dans le secteur de l’énergie solaire. En 2010, le pays produisait presque deux gigawatts de capacité photovoltaïque en 2010, et une grande partie de celle-ci provenait de grandes unités de production. Mais depuis, cette progression a été stoppée net. Le secteur a dû faire face à des coupes dans les aides gouvernementales et la fiscalité a augmenté, tant et si bien qu’aucune nouvelle installation n’a vu le jour en 2014.

La stratégie du gouvernement actuel est pronucléaire et pro-charbon. La production d’électricité est aujourd’hui dominée par ces deux sources (32 % pour le premier, 49 % pour le second, chiffres de 2015). La politique énergétique du pays repose principalement sur ces carburants, considérés comme stratégiques et essentiels pour la sécurité énergétique- et ce malgré le plus fort taux d’émissions de CO2 dues au charbon par habitant en Europe. Possédant d’importantes réserves de charbon et de lignite, la République tchèque en exporte une partie chez ses voisins. Deux centrales nucléaires sont actuellement en fonction et deux nouveaux réacteurs sont prévus ; le nucléaire est vu comme une source d’énergie fiable et peu chère. Si l’uranium est obligatoirement importé, le gouvernement rétorque que les réacteurs nucléaires ne nécessitent que de petites quantités de celui-ci.

La République tchèque est un acteur important au sein du marché énergétique de l’Europe centrale :son réseau de transport d’électricité est idéalement interconnecté avec les réseaux des pays limitrophes. Sa position lui permet de jouer un rôle de plaque tournante. La République tchèque est le premier exportateur netd’électricité dans le monde : en 2014, 41,5 % de ses exportations étaient destinées à l’Autriche, 33,3 % à la Slovaquie et 19,2 % à l’Allemagne.

Au contraire du charbon et du nucléaire, les énergies renouvelables sont perçues comme des sources de second plan. Les politiques mettent l’accent sur leurs limites plutôt que sur leur potentiel. Le plan d’action national gouvernemental en faveur des énergies renouvelables, établi conformément à la législation européenne, vise à faire passer la part des énergies renouvelables à 15,3 % de la consommation brute d’ici à 2020, soit une augmentation de près de 10 % par rapport à 2005. Cet objectif est jugé bien trop faible et « sans envergure » par de nombreuses ONG et les partisans des énergies renouvelables.

Le programme de soutien aux énergies renouvelables élaboré en 2005 se décline en « primes vertes » et « prix d’achat garantis ». Ce programme a subi de nombreuses modifications depuis son lancement et ses mécanismes, qui ont dans un premier temps permis, par le biais de subventions, un développement inattendu du photvoltaïque , encouragé par la baisse des coûts de production. La construction de ces mécanismes a cependant entraîné une hausse des tarifs pour les consommateurs et la réputation des énergies renouvelables auprès du public en a pâti. Les instabilités politiques et les changements de gouvernement n’ont pas permis de réagir face aux dérives du système. Les grands acteurs traditonnels de l’énergie, comme CEZ, ont milité contre les renouvelables. Le mécanisme de soutien pour les nouvelles installations a été arrêté en 2013.

La voie de la croissance en République Tchèque — Droits de création d'image

Le potentiel des énergies renouvelables est certainement bien plus important, malgré des prévisions contradictoires. Certains experts indépendants estiment en effet qu’une combinaison entre énergies renouvelables, technologies de pointe, meilleure isolation et systèmes efficaces, serait en mesure de couvrir jusqu’à 76 % de la demande en électricité d’ici 2050, contre 12,8 % en 2015. Le gouvernement quant à lui prévoie que ces mêmes énergies ne représenteront que 23 % de la production brute à l’horizon 2045.

Parallèlement au programme officiel a été élaboré, par le gouvernement, un scénario « vert ». Les buts en sont la décarbonation, l’efficacité énergétique et des subventions conséquentes accordées aux énergies renouvelables. Mais ce scénario n’a pas été intégré à la stratégie nationale. Tout en reconnaissant l’arrêt inévitable de production de charbon dans les décennies qui viennent, le gouvernement fait  le choix du nucléaire plutôt que du renouvelable. Le gouvernemnt s’oppose à beaucoup desdispositions européennes sur la décarbonation  ou ne les met en œuvre que de manière strictement formelle, et avec réticence.En dépit de ces va-et-vient incessants l’opinion publique est en train de changer son regard sur les énergies renouvelables. Au plus bas au moment de la suppression des subventions, l’image des renouvelables a été redorée lorsque, , inspirées par d’autres pays européens, les collectivités ont redécouvert les avantages liés à l’exploitation de leur propre énergie. Plus de 40 % des Tchèques sont aujourd’hui persuadés qu’il est possible de remplacer les sources d’énergie traditionnelles par des énergies alternatives ; le soutien, populaire et financier, à ces nouvelles sources devrait aller croissant à l’avenir. Mais il ne faut pas crier victoire trop vite. La position quasi-monopolistique du charbon dans le mix énergétique, la place de l’énergie nucléaire dans la sécurisation de l’approvisionnement et les craintes que suscitent l’introduction de systèmes décentralisés dans un marché traditionnellement et fortement centralisé, continuent d’entraver la marche en avant des énergies renouvelables et la transition énergétique en République tchèque.

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