Union européenne : ambivalence des ambitions

Union européenne : ambivalence des ambitions

Atlas de l'énergie

Malgré des débuts hésitants, de profondes transformations se font jour dans le secteur énergétique européen. Les objectifs fixés, s’ils ont été revus à la hausse, restent toutefois trop timides.

Flux énergétiques dans l'Union européenne
Flux énergétiques dans l'Union européenne — Droits de création d'image

Les énergies renouvelables en premier lieu l’éolien et le solaire –  représentent une large majorité des nouvelles installations électriques dans l’Union européenne. En 1997, la Commission a fixé les premiers objectifs : environ 22 % de la consommation d’électricité et 12 % de la consommation totale d’énergie de l’UE dans son ensemble devaient être issues de sources d’énergie renouvelables en 2010. Des objectifs nationaux ont été assignés à chaque Etat membre. Ces objectifs n’étant pas contraignants, ils n’ont pas permis le développement massif des énergies renouvelables, et ils ne furent pas atteints. La directive sur les énergies renouvelables de 2009 a en conséquence imposé des objectifs nationaux contraignants et un objectif européen de 20 % d’énergies renouvelables d’ici à 2020.

En 2014 de nouveaux objectifs sont fixés : 27 % de la consommation totale d’énergie doit être issue des énergies renouvelables d’ici 2030. En juin 2018, l’objectif européen sur les énergies renouvelables a été revu à la hausse (32%). Si ce taux est effectivement légèrement plus élevé que celui que la Commission soutenait, il demeure néanmoins trop peu ambitieux. En vue d’encourager les États membres de l’UE à déployer leur plein potentiel sur la question énergétique, un objectif plus audacieux est essentiel.

Le réexamen de cet objectif dès 2023 pourrait être une dernière occasion pour l’UE de renforcer ses ambitions et de prendre en considération l’immense potentiel des énergies renouvelables, de même que la baisse des coûts technologiques. Ecofys, cabinet d’experts-conseils en énergie, et l’Université Technique de Vienne, s’accordent pour dire que viser la barre des 45 % atténuerait les bouleversements climatiques et stimulerait innovation, économie et création d’emplois. Un tel objectif entrainerait une forte augmentation du déploiement des énergies renouvelables en comparaison à la période 2010–2020.

Le solaire photovoltaïque joue déjà un rôle important dans plusieurs pays. Ce dernier représentait, en 2016, 7,3 % de la demande d’électricité en Italie, 7,2 % en Grèce et 6,4 % en Allemagne. Plusieurs autres pays d’Europe ont franchi la barre des 2 %. Les petits systèmes photovoltaïques se trouvent principalement dans les collectivités ou au niveau individuel, mais certains pays sont déjà pourvus d’installations plus importantes. Le photovoltaïque est de plus en plus à même de concurrencer les sources d’énergies conventionnelles. L’Agence Internationale de l’Energie estime que plus de la moitié de la production d’électricité mondiale pourrait venir du solaire en 2050.

De nombreux obstacles subsistent. L’Espagne, autrefois élève modèle et très actif dans le secteur des énergies renouvelables, a finalement fait machine arrière, et reste très timide. Des modifications rétroactives des dispositifs de soutien aux énergies renouvelables ont entravé leur développement en Roumanie, en République tchèque, ou encore en Pologne.

Concernant l’éolien, les turbines terrestres restaient l’option la plus rentable en 2016. Mais les capacités offshore sont aussi en pleine expansion : en juin de la même année, neuf pays européens ont acté une coopération sur l’énergie éolienne offshore par le biais d’appels d’offres conjoints. Des appels d’offres offshore au large des côtes danoises et hollandaises vont donner naissance à des projetsavec un coût de production historiquement bas et défiant toute concurrence. En Allemagne, un premier parc éolien offshore construit sans subvention publique a été approuvé début 2017.

Alimentation de l'Union européenne en énergies renouvelables — Droits de création d'image

Les progrès réalisés dans le secteur de l’électricité, ne doivent pas occulter d’autres secteurs à fort potentiel pour le développement des énergies renouvelables : le chauffage et refroidissement et le transport. Les réseaux de chauffage urbain sont principalement alimentés par biomasse, bien que le solaire thermique, par le biais de plusieurs grands projets, soit de plus en plus intégré dans les systèmes. Le Danemark a lancé en 2016 une importante centrale solaire thermique de 110 mégawatts (MWt). L’Allemagne, la Finlande et la Suède, États possédant des réseaux traditionnels de chauffage urbain, ont également modernisé leurs installations en vue de combiner réseaux électriques intelligents, pompes à chaleur réseaux de gaz naturel et thermiqueéco-bâtiments pérennes et projets de planification à long terme des infrastructures.

Le potentiel européen dans le secteur des énergies renouvelables est très important. Que ce soit au niveau de la production électrique, du transport, du chauffage et du refroidissement, les énergies renouvelables ont un rôle à jouer. Les avantages liés au couplage de ces secteurs seraient particulièrement avantageux. Une étude publiée en 2016 par le cabinet d’expertise néerlandais CE Delft annonce que la moitié des citoyens européens seraient en mesure produire leur propre électricité à l’horizon 2050, répondant par là même à 45 % de la demande énergétique de l’UE. D’autres études ont déjà démontré que des systèmes énergétiques entièrement basés sur les énergies renouvelables sont tout à la fois réalisables et rentables. Les technologies pour ce faire existent déjà. L’Union européenne et les États membres doivent à présent redoubler d’efforts pour rendre la transition énergétique possible et profiter au maximum des bénéfices qu’elle peut offrir.

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