Les eaux tunisiennes au coeur des changements climatiques en méditerranée

Atlas de l'océan

La Tunisie occupe une place clé au sein de la "machine-méditerranée". La Méditerranée en général, et les côtes tunisiennes, entre autres, sont considérées comme des hotspots pour les changements climatiques.

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Les eaux chaudes du Golfe de Gabes

Les masses d’eau au large des côtes tunisiennes sont en perpétuel mouvement d’ouest en est et du nord au sud. La raison est en relation étroite avec le fonctionnement de la mer Méditerranée entière, dont on peut noter deux caractéristiques clés. Premièrement, la mer Méditerranée communique via le détroit de Gibraltar avec l'océan Atlantique. Deuxièmement, la quantité d’eau qui s’en évapore dépasse celle qu’elle reçoit par la pluie et l’apport des rivières. Les pertes évaporées sont compensées par des entrées d’eaux issues de l’Atlantique. La Méditerranée est donc une véritable machine qui pompe l’eau de l’Atlantique et la transmet aux couches atmosphériques à sa surface en suivant des trajectoires précises. La Tunisie, au centre de la Méditerranée, est le lieu de transit par excellence de ces eaux vers l’est.

La Tunisie occupe donc une position phare en Méditerranée, des côtes nord qui font face à un climat à inclusions froides à celles à l’est et au sud où l’on se trouve déjà en pleine mer chaude et salée de l’est méditerranéen. Les masses d’eau transitent de la première zone à la deuxième en traversant le détroit de Sicile dans les couches de surface. L’eau qui franchit le canal voit ses particularités hydrologiques changer et notamment sa salinité augmenter d'une façon substantielle. Résultat, l’eau de mer est plus salée au sud de la Tunisie qu’au nord, plus proche de son origine Atlantique. La salinité retrace ainsi l’origine et la trajectoire des masses d’eau.

Les images satellitaires (de la température de l’eau par exemple) montrent souvent une zone qui se distingue du reste de la Méditerranée : le golfe de Gabès, au sud la Tunisie, où les profondeurs restent faibles, même loin des côtes. Cette singularité en géomorphologie a donné lieu à une particularité dynamique : le golfe est la seule région en Méditerranée où la marée est importante et dépasse même les deux mètres. Les courants de marée y sont importants et engendrent un mélange des eaux du bassin.

LA MÉDITERRANÉE, HOTSPOT DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

La Méditerranée est considérée comme un hotspot pour les changements climatiques : ses écosystèmes marins, dont ceux du littoral tunisien, en subissent de plein fouet l’impact. Le niveau de la mer, comme celui de l’ensemble de la Méditerranée et des océans globaux est en train de monter. Les observations récentes montrent même une accélération du phénomène. Le long des côtes tunisiennes, l’eau monte à un rythme de quelques centimètres tous les dix ans. L’eau de mer devient par ailleurs de plus en plus chaude. Des données marines pour le golfe de Gabès indiquent que la température de l’eau a augmenté d’environ un degré depuis le début du siècle. Ces changements physiques ont, à l’instar de l’ensemble de la Méditerranée, des conséquences importantes pour les écosystèmes. Les changements bio-géophysiques dans les écosystèmes marins tunisiens font actuellement l’objet d’études détaillées. L’introduction de nouvelles espèces, la migration d’autres, l’érosion côtière ainsi que les conséquences sur des secteurs clés comme la pêche ou le tourisme sont au cœur des problématiques étudiées.

Pour l’ensemble de la Méditerranée la température de la mer pourrait augmenter de 0,8 à 1,8°C à l’horizon 2050 et de 2,6°C à l’horizon 2100. Le niveau de la mer pourrait s'élever d’une vingtaine de centimètres à l’horizon 2050 et d’une quarantaine de centimètres en 2100. L’érosion côtière et la perte des plages pour un pays touristique par excellence comme la Tunisie, en seraient des conséquences de taille. Le long des côtes tunisiennes, la température de l’eau de mer augmenterait aussi ; cela concerne toutes les côtes tunisiennes et elle serait de l’ordre de 1,2 °C le long des côtes nord et 1,4°C dans les régions peu profondes du golfe de Gabès. L’eau serait aussi probablement légèrement moins salée (-0,2 g de sel par kilogramme d’eau) et ce de façon plus prononcée au nord de la Tunisie. Une eau moins salée pourrait avoir des répercussions sur la biodiversité marine.

UN ÉCOSYSTÈME EN PLEINE MUTATION

Le réchauffement des eaux du littoral tunisien, et en particulier le long du golfe de Gabès, se fait bien sûr en parallèle à un réchauffement de l’air de l’ordre de 1,7°C. Les diverses projections sont unanimes sur une tropicalisation de la Méditerranée : de nouvelles espèces non indigènes s’y installent de plus en plus avec une nette majorité d'espèces indopacifiques ou de la mer Rouge, attribuées pour celles-ci à l’ouverture du Canal de Suez. Les modifications profondes des eaux de la Méditerranée, associées à l’action humaine sur les eaux côtières et sur les ressources mènent selon plusieurs études à un développement du plancton gélatineux et en particulier des méduses, ce qui aboutit à ce qu’on appelle la « jellyfication » des mers. Jusqu’en 2007, une quarantaine de nouvelles espèces marines a été répertoriée dans le golfe de Gabès. Une estimation sommaire établissant une relation directe avec le réchauffement des eaux montre que le nombre de nouvelles espèces doublerait en 2050. Certaines nouvelles espèces pourraient être envahissantes aux dépens des espèces locales. De tels exemples de changements profonds des écosystèmes marins tunisiens font actuellement l’objet d’études détaillées.

 

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