Énergie : une soif inextinguible

Atlas de l'eau 2026

Eau et énergie sont intimement liées : produire de l’énergie requiert de l’eau, et traiter l’eau consomme de l’énergie. L’extraction de matières premières comme le lithium ou le cuivre est très gourmande en eau et elle est aussi réalisée dans des régions arides. Les solutions ? Recycler, adopter des technologies économes en eau et privilégier les sources d’énergie renouvelables comme le vent et le solaire.

Entre 2000 et 2022, le refroidissement des centrales électriques de l’UE représentait en moyenne 36 % de l’utilisation d’eau totale, ce chiffre variant selon les pays.
Teaser Image Caption
Entre 2000 et 2022, le refroidissement des centrales électriques de l’UE représentait en moyenne 36 % de l’utilisation d’eau totale, ce chiffre variant selon les pays.

On ne pourra pas relever les défis relatifs à l’eau sans s’attaquer à la question énergétique. La production d’énergie nécessite beaucoup d’eau, surtout pour refroidir les centrales thermiques et les réacteurs nucléaires. À l’inverse, les activités liées à l’eau — forage, transport, purification, dessalement et traitement des eaux usées— requièrent l’utilisation d’énergie.

Les liens entre eau et énergie sont si imbriqués et complexes que les problèmes d’accès, de pénurie ou de mauvaise gestion de l’une peuvent avoir de fortes répercussions sur l’autre. La rareté de l’eau peut entraver la production d’énergie et les efforts réalisés pour réduire les émissions de CO2. Et une production d’énergie qui ne tient pas compte des limites en eau peut générer de la pollution, comme l’activité pétrolière de Shell au Nigeria, qui a provoqué de graves dégâts. Les centrales thermiques contribuent largement à la pollution de l’eau en rejetant des contaminants nocifs pour les écosystèmes – cours d’eau et eau souterraine – et pour la santé des populations voisines.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la quantité d’eau globale prélevée pour produire de l’électricité et du carburant a atteint environ 370 milliards de mètres cubes en 2021. L’essentiel a servi à refroidir les centrales thermiques et nucléaires. Ce chiffre pourrait passer à 400 milliards de m3 d’ici 2030. Dans le secteur de l’énergie, c’est la production d’électricité qui prélève le plus d’eau, environ 54 milliards de m3 en 2021. Même si, cette année-là, le système énergétique mondial a consommé moins d’eau qu’en 2010, il reste responsable d’environ 10 % des prélèvements mondiaux d’eau douce.

En 2023, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques a appelé à tripler la capacité de production des énergies renouvelables d’ici 2030. Cet objectif nécessite de l’augmenter de 1 100 gigawatts par an en moyenne et permet d’espérer une baisse d’exploitation des ressources mondiales en eau. Les énergies renouvelables utilisent peu d’eau, contrairement aux énergies fossiles. 

En France, le nucléaire occupe une place centrale dans la production d’électricité, avec 67 % de l’électricité produite en 2024. Les centrales nucléaires prélèvent de très grandes quantités d’eau (environ 26 milliards de m3 par an, soit près de la moitié des prélèvements nationaux) mais l’essentiel de cette eau (98 %) est restitué aux cours d’eau. Seule une petite partie est réellement consommée, principalement par évaporation, représentant 5 à 10 % de la consommation totale d’eau en France, bien moins que l’agriculture ou l’eau potable. Toutefois, l’eau rejetée est plus chaude (de +1 à +10°C) et peut contenir des substances chimiques ou radioactives utilisées lors du fonctionnement normal des centrales. Ces rejets peuvent perturber les milieux aquatiques. En période de canicule comme l’été 2022, les centrales ont obtenu des dérogations pour rejeter des eaux chaudes dans les rivières, atteignant des températures critiques pour de nombreux poissons. De plus, les systèmes de pompage d’eau des centrales aspirent la faune des rivières. Ainsi, 540 tonnes d’organismes vivants sont piégées chaque année dans l’estuaire de la Gironde par la centrale du Blayais, pourtant équipée d’un système de réduction de la mortalité des espèces (dont des poissons protégés). Ces eaux sont aussi contaminées par des nitrates, du cuivre et des substances cancérigènes, néfastes pour les populations - aquatiques et humaines - locales.

L’eau fait tourner les turbines et éclaire les villes, mais, perçue peu ou prou comme omnipotente, elle alimente aussi les mythes et la foi : elle donne la vie, la retire, purifie et rachète.
L’eau fait tourner les turbines et éclaire les villes, mais, perçue peu ou prou comme omnipotente, elle alimente aussi les mythes et la foi : elle donne la vie, la retire, purifie et rachète.

 

La crise climatique perturbe le cycle de l’eau, le secteur minier est confronté à ses déchets et ne réduit pas sa consommation d’eau. Les minerais essentiels – lithium, nickel, cobalt et graphite– indispensables à la fabrication des batteries, et les terres rares destinées aux éoliennes et aux véhicules électriques, se trouvent souvent dans des régions en stress hydrique. Plus de la moitié des réserves mondiales de lithium sont situées dans des régions déficitaires en eau. Le Chili, premier producteur de cuivre, détient environ 21 % des réserves mondiales. Or l’extraction pose d’importants problèmes environnementaux, notamment dans les écosystèmes forestiers fragiles, car elle nécessite beaucoup d’eau et pollue eaux de surface et eaux souterraines. L’exploitation minière utilise en effet des produits chimiques dangereux lorsque leur gestion n’est pas maîtrisée, engendrant des risques pour la santé humaine, la biodiversité et l’environnement.

L’hydrogène dit vert, produit par électrolyse de l’eau à l’aide d’électricité d’origine renouvelable, est souvent évoqué pour remplacer les combustibles fossiles. Mais la production d’un kilogramme de cet hydrogène consomme entre 9 et 13 litres d’eau, voire plus selon la technologie et la quantité d’eau de refroidissement utilisées. Les usines de dessalement, qui éliminent le sel de l’eau par filtrage ou chauffage, sont en plein essor face à la demande, essentiellement au Moyen-Orient. Mais le dessalement coûte cher, nécessite beaucoup d’énergie et a des impacts écologiques et sociaux importants. Dans de nombreux pays, seuls les régions et les groupes sociaux les plus aisés ont accès à l’eau dessalée en raison de son coût, tandis que les zones défavorisées manquent d’infrastructures et de financements, malgré des besoins équivalents, voire supérieurs en eau. Le dessalement produit aussi de grandes quantités de saumures résiduaires – 141,5 millions de m3 par jour – dont 70 % au Moyen-Orient.

Autre technologie très controversée et gourmande en eau : le captage et stockage du CO2 (CSC). Il consiste à extraire ce gaz à effet de serre des sources d’émissions des centrales thermiques et à le stocker sous terre, ce qui nécessite beaucoup d’eau. Le développement à grande échelle des différentes technologies de CSC pourrait doubler l’empreinte hydrique de l’humanité.

Il est essentiel de réduire de façon coordonnée la demande énergétique pour garantir un avenir juste, sûr et durable face à la crise climatique et à la raréfaction de l’eau. Cela implique l’utilisation de technologies économes en eau pour réduire la pression sur cette ressource vitale tout en assurant un accès équitable à l’énergie.

Les combustibles fossiles nuisent au climat et consomment beaucoup d’eau. Les sources d’énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien réduisent les émissions de CO2 et sont économes en eau.
Les combustibles fossiles nuisent au climat et consomment beaucoup d’eau. Les sources d’énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien réduisent les émissions de CO2 et sont économes en eau.


Rainer Hörig, Der Ganges stinkt zum Himmel, Deutschlandfunk, 2015, https://bit.ly/3Ct7GGT.

Michael Witzel, Water in mythology, Daedalus, Volume 144, No. 3, 2015, p. 18, https://bit.ly/3APnRxS.

Réseau Sortir du nucléaire, Le nucléaire met notre eau en danger, 2022, https://urlz.fr/v6Pv.

Ilyas Hanine, La consommation d’eau des centrales nucléaires en France, Sfen, 2023, https://urlz.fr/v6Pw

Le réseau de transport d’électricité (Rte), Bilan électrique 2024, 2024, https://urlz.fr/v6Px

European Environmental Agency (EEA), Economic sector with highest water abstraction per country in Europe and Economic sector with second highest water abstraction per country in Europe, 2025, https://bit.ly/3Ka61tW

Yi Lin et al., Water use of electricity technologies: A global meta-analysis, Renewable and Sustainable Energy Reviews, Volume 115, 2019, https://bit.ly/3BdPiSb