Pour le 35e anniversaire de la création du Triangle de Weimar, l’Institut des affaires publiques et la Fondation Heinrich Böll de Varsovie publient les résultats d’un nouveau sondage d’opinion réalisé simultanément en Pologne, en Allemagne et en France. Ces résultats montrent qu’il existe un mandat social clair en faveur de la poursuite de la coopération entre ces trois pays, mais ils révèlent également sa plus grande faiblesse : une faible visibilité et une présence insuffisante dans le quotidien des citoyens.
Dans chacun des trois pays, au moins deux tiers des personnes interrogées souhaitent que la coopération au sein du Triangle de Weimar soit maintenue à son niveau actuel ou renforcée : 67 % en Pologne, 75 % en Allemagne et 67 % en France. Celles et ceux qui préféreraient affaiblir ce format ou y mettre fin sont nettement minoritaires.
Dans le même temps, la notoriété du Triangle de Weimar varie considérablement d’un pays à l’autre. En Pologne, 69 % des personnes interrogées en ont déjà entendu parler, contre 48 % en Allemagne et 30 % en France. Néanmoins, 53 % des Polonais·es, 66 % des Allemand·es et 55 % des Français·es considèrent que son rôle dans le processus d’intégration européenne et dans la définition de l’agenda de l’Union européenne est important.
« Le principal problème auquel le Triangle de Weimar est aujourd’hui confronté n’est pas le manque de soutien de l’opinion publique, mais son invisibilité politique. Les citoyennes et les citoyens sont prêts à soutenir ce format s’ils en comprennent la finalité et peuvent en constater les résultats concrets. Cet anniversaire devrait donc ouvrir une nouvelle étape de la coopération, plus visible, plus pratique et assortie d’une plus grande obligation de rendre compte », déclare Małgorzata Kopka-Piątek, de l’Institut des affaires publiques à Varsovie, autrice de l’analyse.
Le sondage révèle également un fort sentiment commun de menace face à la Russie. 80 % des Polonais·es, 70 % des Allemand·es et 76 % des Français·es considèrent la Russie comme une menace militaire pour l’Union européenne. En revanche, les trois sociétés divergent dans leur appréciation des États-Unis : 38 % des Polonais·es, 63 % des Allemand·es et 68 % des Français·es voient les États-Unis comme une menace économique.
« Le Triangle de Weimar ne devrait pas faire comme s’il existait un accord total là où des divergences sont manifestes. Sa force peut précisément résider dans sa capacité à coordonner les positions malgré ces différences – en matière de sécurité, d’économie ou de relations transatlantiques. Nous avons besoin de moins de déclarations générales et de davantage d’engagements concrets, dont les gouvernements pourront être tenus politiquement responsables », souligne le Dr Jacek Kucharczyk, président de l’Institut des affaires publiques.
Les personnes interrogées soutiennent également une coopération qui dépasse la diplomatie des sommets. Les programmes éducatifs communs recueillent l’adhésion de 46 % des Polonais·es , 52 % des Allemand·es et 48 % des Français·es. Le financement de projets communs dans les domaines de la société civile, de la culture et des médias est soutenu respectivement par 39 %, 36 % et 36 % des personnes interrogées.
Les résultats de l’enquête font ressortir trois orientations particulièrement importantes pour l’avenir :
- une coordination permanente des positions polonaises, allemandes et françaises en amont des principales décisions de l’Union européenne ;
- le renforcement de la dimension parlementaire du Triangle de Weimar, notamment grâce à un forum permanent de coopération entre les commissions parlementaires, à des débats réguliers et à des auditions conjointes d’expertes et d’experts ;
- la création d’un « Fonds Weimar » destiné à soutenir des projets communs dans les domaines de la société civile, de l’éducation, de la culture et des médias, ainsi que les échanges de jeunes et les partenariats locaux réunissant des participantes et des participants des trois pays.
« La pérennité du Triangle de Weimar dépendra de sa capacité à devenir une expérience vécue non seulement par les gouvernements, mais aussi par les sociétés. Nous avons besoin de davantage de projets communs associant les organisations de la société civile, les établissements scolaires, les collectivités territoriales, les universités, les médias et les institutions culturelles. C’est seulement comme cela que ce format pourra se doter d’un véritable ancrage social et devenir ainsi moins tributaire de la conjoncture politique» déclare Jens Althoff, directeur du bureau de Varsovie de la Fondation Heinrich Böll. « Ce 35ème anniversaire devrait donc être l’occasion de lancer des initiatives concrètes : en faisant, par exemple, évoluer ARTE vers une véritable plateforme médiatique du Triangle de Weimar, proposant régulièrement des contenus destinés aux trois pays dans les trois langues», propose Jens Althoff.
Le soutien au Triangle de Weimar s’inscrit dans une attitude globalement positive à l’égard de l’appartenance à l’Union européenne. 63 % des Polonais·es, 61 % des Allemand·es et 53 % des Français·es sont favorables à l’adhésion de leur pays à l’Union européenne.
« Après 35 ans, le Triangle de Weimar n’est pas un format rejeté, mais un format inachevé. Dans les trois pays, les citoyennes et les citoyens lui donnent un mandat pour poursuivre son action, tout en attendant de cette coopération des résultats concrets. C’est précisément de ces résultats que dépendra sa crédibilité future », conclut Małgorzata Kopka-Piątek.
Le directeur du bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll, Marc Berthold ajoute: « En ces temps où la sécurité et la démocratie sont menacées, tant de l’intérieur que de l’extérieur en Allemagne, en France et en Pologne et, plus largement, dans l’ensemble de l’Union européenne, une coopération étroite au sein du Triangle de Weimar est indispensable dans l’intérêt de l’UE et de ses voisins, au premier rang desquels l’Ukraine. Les résultats de ce sondage nous confortent, en tant que Fondation Heinrich Böll, de renforcer les liens au sein du Triangle de Weimar. »
À propos de l’enquête
L’enquête a été réalisée par Ipsos entre le 24 juillet et le 4 août 2026, selon la méthode CAWI, en France, en Allemagne et en Pologne, auprès d’échantillons représentatifs par quotas de personnes âgées de 18 à 75 ans : France N = 1 004, Allemagne N = 1 014, Pologne N = 1 074. Le concept de l’enquête, le questionnaire et l’analyse des résultats ont été élaborés par l’Institut des affaires publiques en coopération avec le bureau de Varsovie de la Fondation Heinrich Böll.
Téléchargez le rapport ici.
Pour tout contact presse et média, merci de contacter Małgorzata Kopka-Piątek (malgorzata.kopka@isp.org.pl).
This article first appeared here: pl.boell.org