L’augmentation des niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère réchauffe les océans, fait fondre les calottes glaciaires et accroît la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations. Les populations les plus durement touchées sont aussi les moins à même de se protéger.
La perturbation du cycle de l’eau par le réchauffement climatique a d’importantes conséquences. La hausse des températures au niveau mondial réchauffe les océans et modifie la circulation de l’eau. Les échanges thermiques s’en trouvent affectés, ce qui entraîne la fonte des calottes glaciaires groenlandaise et antarctique à une vitesse encore jamais enregistrée.
Les eaux profondes et denses sont le vecteur indispensable des échanges thermiques dans les océans. Lorsque la glace fond, de petites quantités d’eau froide et dense se forment et plongent dans les profondeurs océaniques. La circulation naturelle est alors perturbée, ainsi que les flux thermiques à la surface des océans. L’eau de surface se réchauffe davantage, faisant monter le niveau de la mer puisque l’eau chaude occupe plus d’espace. Ce réchauffement accélère en outre la fonte des glaciers et des inlandsis (calottes glaciaires).
Les courants atmosphériques sont eux aussi touchés par le réchauffement climatique. Le régime des vents et la trajectoire des tempêtes changent, les précipitations aussi, et les phénomènes météorologiques s’intensifient. Lorsque les températures de surface des océans s’élèvent, l’air, plus chaud, emmagasine davantage d’humidité : sa capacité à en absorber augmente de 7 % par degré Celsius de réchauffement.
Cette absorption accrue de l’humidité favorise les phénomènes climatiques extrêmes et peut être localement la cause de périodes sèches ou de fortes pluies. La science de l’attribution, qui étudie les effets du changement climatique d’origine anthropique sur les évènements climatiques extrêmes, montre que la crise climatique augmente la probabilité de fortes pluies d’un facteur de 1,2 à 9. Et lorsque celles-ci s’abattent sur un sol desséché, l’eau ruisselle à la surface au lieu de s’infiltrer, augmentant le risque d’inondations en aval.
La crise climatique a un impact particulièrement fort sur le bilan hydrologique des pays du Sud global. La modification du régime des précipitations augmente la fréquence et l’intensité des sécheresses et des inondations, ce qui réduit la quantité de ressources hydriques disponibles. L’approvisionnement en eau des ménages, de l’agriculture et de l’industrie est alors fragilisé, et les risques de conflits dus à la raréfaction de l’eau se multiplient. Au Kenya, par exemple, la proportion d’individus vivant en situation de stress hydrique est passée de 15 % à 33 % entre 1995 et 2019. Les pays riches du Nord global sont eux aussi de plus en plus concernés. Aux États-Unis, la Californie offre à cet égard un exemple extrême : le niveau de l’eau souterraine a déjà baissé de plus de 30 mètres en de nombreux lieux et des milliers de puits sont désormais taris.
La crise climatique réduit non seulement la quantité d’eau disponible, mais affecte aussi la qualité de l’eau. En été, les températures plus élevées et les pénuries d’eau favorisent la prolifération de micro-organismes dangereux comme les cyanobactéries et les vibrions. De plus, le taux d’oxygène dans l’eau baisse, réduisant la capacité de l’eau à diluer les substances nocives comme les nitrates.
La crise climatique mondiale touche principalement ceux qui y contribuent le moins et qui sont les moins à même de s’en protéger, c’est-à-dire les pays à faible revenu et les populations pauvres des pays à revenu élevé. La demande d’eau potable est avant tout satisfaite par l’eau souterraine, mais la hausse incontrôlée de sa consommation entraîne un affaissement des terres. La ville de Jakarta en est l’illustration : la capitale indonésienne s’enfonce de plus de 20 centimètres par an et de nombreux quartiers sont d’ores et déjà en-dessous du niveau de la mer. Résultat : l’eau salée pénètre en grandes quantités dans les nappes phréatiques, rendant l’eau de nombreux puits impropre à la consommation. Dans les régions montagneuses aussi, l’eau se raréfie du fait de la croissance urbaine et de la crise climatique. C’est notamment le cas du versant ouest des Andes où la fonte des glaciers et le taux d’évaporation plus élevé réduisent les quantités d’eau utilisable. Les prélèvements excessifs et les plus longues périodes sans pluie font baisser le volume des lacs et des cours d’eau, réduisant les stocks de poissons et les moyens de subsistance des pêcheurs et de leur famille. Ces effets accroissent les tensions politiques et la vulnérabilité des populations, les obligeant à migrer, ce qui génère de nouveaux problèmes économiques et sociaux. Une action mondiale coordonnée s’impose donc d’urgence afin d’améliorer la gestion de l’eau et l’adaptation au climat dans le but de protéger les communautés et les écosystèmes vulnérables.
Africa Growth Initiative (AGI), Foresight Africa, Top priorities for the Continent in 2017, 2017, p. 83, https://bit.ly/497z8pT.
World Resources Institute (WIR), Aqueduct Water Risk Atlas, 2021, https://bit.ly/3Z5T2gn.
Copernicus, Earth Observation component of the European Union's space programme, Lake surface temperatures, 2021, https://bit.ly/3K2qf8T.