Extraction des métaux : le grand hold-up

Atlas de l'eau 2026

Au Chili et ailleurs dans le monde, les multinationales qui exploitent les mines de métaux détruisent les glaciers et déplacent les populations autochtones. Avec la hausse de la demande de minerais, le risque de conflit autour de l’eau augmente, car l’exploitation minière en consomme beaucoup et nuit gravement à sa qualité. L’économie circulaire est l’une des solutions pour ralentir la ruée vers les métaux du sous-sol.

L’exploitation minière puise dans des ressources hydriques déjà rares, déclenchant de violents conflits entre les communautés locales, les compagnies minières et les autorités.
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L’exploitation minière puise dans des ressources hydriques déjà rares, déclenchant de violents conflits entre les communautés locales, les compagnies minières et les autorités.

Les métaux tels que le cuivre, l’aluminium, le lithium, les terres rares et l’or font aujourd’hui partie de notre quotidien. On les trouve dans tous les secteurs, qu’il s’agisse des infrastructures, de l’énergie, des transports ou de la construction de maisons. Et dans nos poches : un téléphone portable contient en moyenne jusqu’à 66 métaux différents, selon l’Institut fédéral allemand des géosciences et des ressources naturelles. Les métaux nobles et spéciaux, notamment, sont indispensables à leur fonctionnement.

La demande de métaux observe une hausse régulière depuis plusieurs années. La demande mondiale de terres rares devrait plus que doubler d’ici 2040 et la demande en lithium devrait être multipliée par 13. Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur la disponibilité en eau et sur sa qualité. En effet, la production d’un kilogramme de cuivre à destination de lignes électriques ou de chaudières consomme environ 97 litres d’eau. La quantité d’eau nécessaire pour une tonne du même métal est ainsi égale aux besoins en eau potable d’un Allemand pendant 177 ans. Entre 400 et 2000 litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilogramme de lithium pour fabriquer les batteries des voitures électriques.

La demande de matières premières pourrait doubler d’ici 2060, accélérant l’eutrophisation et privant la vie aquatique d’oxygène et de ressources vitales.
La demande de matières premières pourrait doubler d’ici 2060, accélérant l’eutrophisation et privant la vie aquatique d’oxygène et de ressources vitales.

 

La Chine et les États-Unis sont les plus gros consommateurs de minerais et de métaux au niveau mondial, tandis que l’Allemagne décroche la première place en Europe. Les secteurs du BTP et de l’automobile sont particulièrement demandeurs puisqu’ils utilisent de grandes quantités de cuivre et d’aluminium.

Plus de 90 % de ces matières premières utilisées en Allemagne sont importées, le Chili étant l’un des tout premiers fournisseurs. Ce pays produit près d’un tiers du lithium et près d’un quart du cuivre présents sur le marché mondial.

En conséquence, les mines grignotent depuis des années les régions glaciaires. Or les glaciers constituent des réserves d’eau douce : en fondant, la glace qu’ils ont accumulée est garante d’une sécurité hydrique minimale sur le long terme. 70 % environ de la population chilienne est aujourd’hui approvisionnée en eau par les nombreux glaciers de ce pays montagneux. Mais, déjà mis à mal par la crise climatique, les glaciers sont un peu plus dégradés encore par l’activité minière : leur roche est détruite à la dynamite, ils servent de dépotoir pour les roches stériles et ils sont recouverts de poussière, ce qui les fait fondre plus vite encore. L’exploitation minière contamine également les sources d’eau locales, au point que certains villages des Andes doivent se faire livrer en eau. Dans le Salar d’Atacama, l’une des régions minières les plus importantes du Chili, l’exploitation du cuivre et du lithium a déjà utilisé plus de 65 % des réserves d’eau disponibles. Les communautés locales sont les grandes perdantes de cette situation, car dans ce pays, les réserves hydriques sont détenues par le secteur privé et la loi lui accorde la priorité pour l'industrie. Les multinationales règnent sur l’extraction des matières premières dans de nombreux autres pays. Leurs profits ne bénéficient pas aux communautés voisines des lieux d’exploitation, où le taux de pauvreté est souvent élevé. 

L’Atlas mondial de la justice environnementale répertorie aujourd’hui 900 conflits liés à l’activité minière dans le monde, dont 85 % environ portent sur l’utilisation et la contamination des eaux de surface et souterraines. Les déplacements de populations sont fréquents et, bien souvent, des militants environnementaux et des autochtones sont tués. Dans certains pays, comme en République démocratique du Congo, l’exploitation des mines de cobalt et de coltan repose sur le travail forcé.

Le règlement de l’Union européenne sur les matières premières critiques, adopté en 2024, a pour objectif de stimuler le secteur minier européen, ce qui ne manquera pas de mettre un coup de projecteur sur les problèmes associés à l’exploitation minière dans l’UE. Une chose est sûre : le seul moyen d’atténuer les dégâts dus à cette activité est de mettre en place une réglementation politique stricte et de veiller à son application. D’une façon générale, elle doit être bannie des zones disposant de sources d’eau et des zones très arides abritant des écosystèmes fragiles et des glaciers.

Les populations doivent être prioritaires en matière d’approvisionnement en eau. Les entreprises doivent lutter contre les violations des droits humains et les risques environnementaux tout au long de la chaîne d’approvisionnement, et les personnes qui seraient impactées doivent se voir proposer des solutions. Toutefois sur le long terme, l’environnement ne pourra être protégé de l’exploitation minière que si les politiques réduisent autant que possible la demande de matières premières. La mise en place d’une économie circulaire offre les lignes directrices pour ce faire. Le règlement de l’UE sur l’écoconception pour les produits durables vise à réduire au maximum les effets des produits sur l’environnement grâce à une conception durable. Les minerais et les métaux servant souvent à fabriquer des panneaux solaires, des éoliennes et des voitures électriques, il conviendrait d’étendre ce règlement aux énergies renouvelables ; il s’agirait là d’une avancée modeste mais profitable. Enfin, les secteurs du transport et de la construction doivent absolument opérer des changements pour réduire leur dépendance à l’égard des matières premières et protéger les ressources hydriques. Cela passe, au bout du compte, par un avenir avec moins de voitures, plus de pistes cyclables et des transports publics plus efficaces.

L’exploitation du cuivre et du lithium est confrontée à des risques climatiques croissants, avec 50 % de la production réalisée dans des zones en stress hydrique exposées à la chaleur et aux inondations.
L’exploitation du cuivre et du lithium est confrontée à des risques climatiques croissants, avec 50 % de la production réalisée dans des zones en stress hydrique exposées à la chaleur et aux inondations.


Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Global Material Resources Outlook to 2060, Economic drivers and environmental consequences, OECD Publishing,2019, p. 24, https://bit.ly/4nASny7.

Heinrich-Böll-Stiftung (HBS), Rohstoffe ausLateinamerika, 2024, p. 2, https://bit.ly/3OviV4g

International Energy Agency (IEA), The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions, World Energy Outlook Special Report, p. 128, 2021, https://bit.ly/4mlvVIc