Dans de nombreux pays, les entreprises extractrices de charbon sont non seulement les plus grosses émettrices de dioxyde de carbone, mais aussi les plus grosses consommatrices d’eau. En important des combustibles fossiles, les pays développés contribuent aux pénuries d’eau dans les pays producteurs.
Les combustibles fossiles font d’immenses dégâts sur le climat. Le charbon est ainsi le responsable numéro un de la crise climatique : son extraction et sa combustion causent 30 % du réchauffement mondial. Son extraction a un impact important sur les bilans hydrologiques régionaux, car il faut pomper beaucoup d’eau souterraine pour atteindre les couches de roche profondes où le charbon se trouve. Les centrales thermiques au charbon consomment de grandes quantités d’eau de refroidissement : une centrale de 500 mégawatts dotée d’un système de refroidissement continu a ainsi besoin d’un flux hydrique qui remplirait une piscine olympique toutes les trois minutes.
L’extraction du charbon a des conséquences que devront supporter plusieurs générations après nous. Il est donc nécessaire de mettre de côté des ressources financières pour couvrir les coûts induits. Dans certains pays comme l’Allemagne, les compagnies minières sont obligées de provisionner les activités d’atténuation et de surveillance, conformément au principe du pollueur-payeur, mais tous les coûts de suivi ne sont pas pris en compte dans les sommes calculées. Ainsi, les charges et les coûts des conséquences à long terme, comme la pollution des eaux de surface ou les inondations par remontées des eaux souterraines, sont rarement analysés ou quantifiés. Il n’y a en outre aucune garantie que les fonds mis de côté pour la surveillance de la mine après sa fermeture seront toujours disponibles si l’entreprise fait faillite, par exemple. Enfin, dans de nombreux pays, le principe du pollueur-payeur ne s’applique pas.
Pour leurs besoins énergétiques, de nombreux pays continuent à importer du charbon de différents pays producteurs comme les États-Unis, l’Australie, l’Afrique du Sud, la Pologne et la Colombie. La Colombie a extrait chaque année 84 millions de tonnes de charbon entre 2012 et 2022. Dans le nord du pays, de nombreux cours d’eau ont été détournés et des barrages ont été construits pour rendre l’extraction possible. Dans la région minière semi-désertique de La Guajira, les pénuries d’eau sont l’une des principales causes de la mortalité infantile élevée. Certains pays, plus solides économiquement que la Colombie, lui achètent de grandes quantités de charbon. L’Allemagne, par exemple, qui en importe chaque année environ 5 millions de tonnes, est ainsi responsable de la consommation sur place d’au moins 5,5 millions de mètres cubes d’eau.
Le charbon n’est pas le seul combustible fossile à nuire aux ressources hydriques mondiales. Fin 2024, deux pétroliers vieillissants se sont échoués dans le détroit de Kertch, entre la mer Noire et la mer d’Azov, attirant l’attention de la communauté internationale. Ils transportaient environ 9000 tonnes de fioul lourd. La marée noire qui s’en est suivie a provoqué la mort d’une cinquantaine de dauphins et la contamination de plus de 40 kilomètres de plage. Le nombre d’oiseaux au plumage englué par le pétrole, de phoques à la fourrure souillée ou de poissons aux branchies obstruées est difficile à évaluer. Lors de telles catastrophes, le pétrole pénètre dans la chaîne alimentaire marine et dégrade durablement l’écosystème.
Les accidents et le laxisme des réglementations ne sont pas les seuls responsables des pénuries d’eau et de la pollution. La production de pétrole brut de synthèse par le Canada en est l’illustration : il faut 2 à 4,5 volumes d’eau pour produire un volume de pétrole. Cette industrie est autorisée à extraire 349 millions de mètres cubes d’eau par an de la rivière Athabasca, soit à peu près le volume dont a besoin une ville de 2 millions d’habitants. S’ajoute à cela le problème des eaux usées contaminées rejetées par les raffineries. Elles contiennent de nombreux polluants qui finissent dans les cours d’eau et les lacs où ils endommagent les écosystèmes. Les études montrent que ces eaux nuisent à la fois à la qualité de l’eau et à la biodiversité.
Les entreprises de l’énergie mettent en avant le gaz naturel, censé être plus propre que le charbon ou le pétrole. Mais les chiffres ne leur donnent pas raison. En tant que combustible, il est responsable d’un cinquième des émissions mondiales de dioxyde de carbone. La fracturation hydraulique, technique utilisée pour extraire le gaz et le pétrole fossiles, consiste à envoyer à très haute pression un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques dans les couches géologiques profondes. De minces fissures se créent alors, libérant le combustible fossile. Les eaux souterraines peuvent être contaminées par les forages, le stockage des substances chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique, les émissions de méthane, les reflux chimiques ou la fuite des réservoirs d’eau contaminée. En outre, la fracturation en elle-même mobilise de grandes quantités d’eau. Selon le ministère allemand de l’Environnement, un puits équipé des six colonnes de forage requises pour exploiter pleinement un réservoir gazier nécessite environ 170 000 mètres cubes d’eau.
L’abandon progressif, complet et équitable du charbon, du pétrole et du gaz s’impose afin de protéger les réserves hydriques mondiales et le climat. Il doit s’accompagner du déploiement rapide et à grande échelle des énergies renouvelables et d’une baisse de notre consommation énergétique. Des mesures politiques doivent aussi empêcher les entreprises d’exploitation des combustibles fossiles de s’exonérer des coûts de suivi de leurs activités et d’échapper à leurs responsabilités, eu égard aux dégâts à très long terme de l’extraction des combustibles fossiles.
Greenpeace International, Iris Cheng, Harri Lammi, The Great Water Grab, How the Coal Industry is Deepening the Global Water Crisis, 2016, p. 26, https://bit.ly/48jTj5G.
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Verein der Kohlenimporteure (VDKI), Jahresbericht 2024, Fakten und Trends 2023/2024, 2024, p. 26, https://bit.ly/4i6eryM.
Katarina Huth et al., Alles für die Kohle: Wie ein Konzern unser Wasser abgräbt, 2023, https://bit.ly/3Zo36mf.